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Nîmes et Vic, les deux cornes de la fête du sud

Source : La Dépêche du Midi
Edition : Gers
REF: ed227200805100600031-DEMI-00716701 - 10/05/2008

Nîmes et Vic, les deux cornes de la fête du sud De San Jose del Valle où naissent et grandissent les toros de miel de la maison Fuente Ymbro à Lora del Rio où les sauvages Miura découpent les nuages à coups de cornes depuis plus de cent cinquante ans, on a toujours un peu de mal à prononcer le nom de ce pueblo d'irréductibles Gascons. Vic-Fezensac pour les « Parisiens » (Appellation plus ou moins contrôlée visant à identifier gentiment tous ceux qui vivent, en gros, au-dessus de Brive), ce n'est déjà pas évident alors pour les Andalous? Pourtant, au c?ur de ces très taurines terres du Sud sur les bords du fleuve sacré ou un peu plus haut dans la sierra, on connaît Vic. Ceux qui ont osé s'y aventurer en parlent toujours assez bien pour décourager les autres ou forcer leur respect. Les autres se contentent d'imaginer. Et leur imagination, parfois, tricote des cauchemars. Vic, l'autre face de la feria de Pentecôte. Le fier revers d'une médaille d'or et de lumières. Pas une des étoiles nîmoises, à l'exception de l'inclassable El Fundi qui peut se vanter d'être chez lui partout, ne remontera cette année l'autoroute pour joindre le vieil amphithéâtre romain à la plaza Joseh-Fourniols, veillée nuit et jour et pour toujours par la statue d'un des héros d'ici, Paco Ruiz Miguel. La frontière semble désormais bien installée. Sauf pour les aficionados qui sont toujours plus nombreux à démarrer le viaduc de la Pentecôte dans le Gard (avec les Victorino et la présence présumée de José Tomas, les bonnes raisons ne manquaient certes pas?) avant de filer vers leur Mecque.

« Pour aller à Vic, Nîmes, c'est sur mon chemin? » Jean-Claude, cadre lyonnais, la cinquantaine « festive », ne cache pas ses intentions. « Je n'ai pas de mérite, pour aller à Vic, Nîmes, c'est sur ma route. Voilà plus de dix ans que je fais ça. Il peut y avoir n'importe qui le week-end de Pentecôte à Nîmes, je file dans le Gers, mais je n'oublie jamais de m'arrêter en chemin? » Pour résumer à moindre frais, on dit toujours que Nîmes est « toreriste » et Vic « toriste ». Mais si les artistes préfèrent oublier l'Armagnac, on n'hésite jamais, au pays des Costières à mettre du toro-toro en piste. Victorino Martin avait emballé six exemplaires frôlant ou dépassant les six cents kilos en ouverture de la feria. Et les Miura de dimanche ne ressembleront pas aux jolis bonbons de Conde et Castella pour l'Ascension. Comment peut-on arbitrer ce combat des chefs chaque année renouvelé ? Par la fête peut-être. Là encore, deux styles s'opposent comme sur une image d'Épinal. Les bulles de l'Imperator ou le Tariquet des bodegas vicoises. Là encore, personne ne pourra réconcilier les deux chapelles. Mais à Nîmes comme à Vic Fezensac (et comme à Fenouillet avant qu'une triste main ne vienne couper le courant), une grande et belle cause commune va être défendue jusqu'à lundi soir par des dizaines, des centaines de milliers de personnes : la fête. Le toro et ses héros ne sont, en somme qu'un prétexte. Superbe certes, passionnant, évidemment, mais presque accessoire. Pendant les trois prochains jours et nuits, on parlera de faenas, d'oreilles, de caste et de bravoure. On va surtout sortir de l'ordinaire. Un luxe à ne surtout pas négliger. Patrick Louis