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le croisé du Tariquet

.-G. F.
Nouvel observateur

semaine du 15 au 28 août 2002

Producteur : le croisé du Tariquet

« Quand j'étais enfant, je filais dans les vignes dès la sortie de l'école. Aujourd'hui, je fais ce j'aime par-dessus tout. » Banale, cette profession de foi d'Yves Grassa, l'âme du Château du Tariquet et l'un des « grands » des côtes-de-gascogne ? Pas sûr. Alors que les vins français subissent de plein fouet la concurrence des producteurs du Nouveau Monde, ce vigneron solidement charpenté et intarissable sur son sujet favori a compris l'intérêt de conquérir le créneau des non-AOC. Et, comme la meilleure défense est l'attaque, il frappe d'estoc et de taille. Avec succès. Recette ? Un clan familial uni, le sens de la technologie, le goût du grand large. La saga du clan Grassa s'enracine au lieu-dit La Prada, en plein coeur de l'Armagnac entre Vic-Fezensac, ville taurine , et Eauze, ville gallo-romaine, qui se veut aujourd'hui capitale de cette eau-de-vie vieillie dans des fûts de chêne que Tariquet produit aussi. Mais sa spécialité, ce sont les vins blancs élevés sur la majeure partie d'un domaine regroupant 14 propriétés et 600 hectares.

Yves parle de « reconnaissance ». Quand son père, issu d'une famille qui a bourlingué (avec une prédilection pour les Amériques) et qui a fait 36 métiers (de montreur d'ours à garçon de café), décide en 1946 de reprendre l'exploitation, le « domaine » se limite à 5 hectares de vignes essoufflées. Le talent d'Yves, aujourd'hui associé à Maïté sa soeur aînée ? Le réveil d'une tradition viticole somnolente.

   

Avec les ingrédients de la technique moderne. Car les ondulations  plantées de chênes et de cèdres sur lesquelles s'élèvent les installations ocres du Tariquet sont trompeuses. Le flanc du petit vallon cache des installations hypersophistiquées : cuves inoxydables impeccablement alignées dans des chais aux allures de labo, pressoir pneumatique. Méticuleusement contrôlés, les 
mariages entre l'ugni blanc et le colombard élevés en fûts donnent des arômes surprenants pour de simples « vins de table ». Vigneron tendance écolo, Grassa, qui signe ses bouteilles, prône la « lutte ultraraisonnée » contre toutes les affections ou microbes qui pourraient dénaturer ou détruire ses bouteilles. De là une traçabilité, du cep de vigne à la bouteille, méticuleusement décrite sur son site internet. Elle évite les galvaudages ou les accommodements d'appellations parfois prestigieuses, mais moins rigoureuses que ses vins de pays. Les marchés étrangers ne s'y sont pas trompés, qui absorbent 80% de sa production. Simples  « vins de pays », ses blancs (cuvée tardive, cuvée bois, Premières Grives), qui « vous évitent de passer à côté du plaisir sans faire de mal au portefeuille », cumulent les médailles outre-Atlantique. Cap aujourd'hui sur le marché intérieur où Grassa, à l'écoute des tendances et des cultures, entend bien « tariqueter » sur les clientèles mode et forcer la porte des grands restaurants. « Je décide seul... le collectif approuve ensuite », avoue en souriant cet enthousiaste. L'exercice solitaire du pouvoir, clé de la qualité ? « Un bon vigneron doit être responsable de  ses actes. » Avec ses prêts bonifiés ses subventions, la coopérative dilue . responsabilités, tempère ambitions estime Grassa se demande parfois si les 5 000 viticulteurs gersois comprennent l'évolution de la viticulture. Son voeu : « Que 20 ou 25 vignerons qui s'investissent totalement dans leur production choisissent non de monter les prix et de créer la rareté mais de faire partager leur bonheur en améliorant le rapport prix-plaisir. »

Château du Tariquet
32800 Eauze (05-62-09-87-82)